(...) Mais est-ce pour autant une raison de rejeter le principe - TopicsExpress



          

(...) Mais est-ce pour autant une raison de rejeter le principe de cette taxe ? Pénaliser les produits en fonction de leur distance, tout en reversant les recettes à des politiques de conversion du modèle de développement, pourrait être un moyen de relocalisation des activités et de transition écologique et sociale. Ce pourrait être une opportunité pour une région comme la Bretagne, dont une grande partie de lagriculture et de lindustrie agroalimentaire, qui représente un tiers des emplois, se trouve dans une impasse économique. CHAMPIONNE DE LA PRODUCTION DE MASSE La Bretagne est la championne de la production agricole de masse. Mais elle dégage des marges réduites. Numéro un des productions animales, elle na mis en place aucune appellation dorigine protégée dans le secteur. Elle se retrouve prise dans lengrenage dun élevage industriel, de plus en plus coûteux en énergies fossiles et en alimentation animale concentrée, notamment du soja quelle importe dAmérique via ses grands ports. Les agriculteurs vendent ensuite au rabais leurs porcs, leurs volailles, leur lait à des grandes industries agroalimentaires. Des industries qui jouent quant à elles sur des marchés de produits standards, de faible qualité, ne pouvant faire face à la concurrence internationale que par des prix et des coûts salariaux toujours plus faibles. Le spectre des opposants à lécotaxe a de quoi semer la plus grande confusion. Quand Leclerc ferme en solidarité avec les agriculteurs et les industries agroalimentaires bretonnes, on oublie que la grande surface est la première à les saigner en pressurant les prix pour gonfler ses marges. Quand le grand patronat défile avec les salariés, on oublie que les marges des actionnaires ne font que grandir au détriment des salaires. Quand les bonnets rouges scandent avec la Fédération nationale des syndicats dexploitants agricoles (FNSEA) Vivre, décider, travailler, en Bretagne , on oublie que le modèle soutenu par le syndicat agricole majoritaire a fusillé lemploi et dégradé le cadre de vie, remplissant de nitrates et dalgues vertes les nappes phréatiques et les plages bretonnes. Xavier Beulin, président de la FNSEA, déplore une écotaxe qui pénalisera les produits à faible valeur ajoutée et nous empêchera dêtre aussi compétitifs que la Pologne ou lAllemagne. La FNSEA a appelé à manifester à Quimper pour poursuivre un modèle insoutenable : produire toujours plus, toujours moins cher. LAGROBUSINESS BRETON SE PREND LE MUR Tant et si bien que les abattoirs Gad, qui licencient en ce moment près de 900 salariés, embauchent des salariés des pays de lEst à Josselin dans le Morbihan, par le biais dagences dintérim étrangères et dun autre droit du travail, bien plus avantageux. Tant et si bien que leurs volailles congelées bas de gamme ne peuvent plus être exportées quà coup de dumping, de fortes subventions à lexport sur le dos du contribuable. Ces subventions sont aujourdhui supprimées et la directive européenne sur les nitrates ne laisse pas dautre choix que de réduire la production : faute davoir su ou pu négocier le virage, lagrobusiness breton se prend le mur. Pensant profiter de laugmentation de la production, il a même activement contribué à sa perte, en plaidant au sein de la FNSEA et dans diverses structures de lobbying une dérégulation des marchés et notamment la fin des quotas laitiers. Il a tellement bien réussi que la France a cessé de soutenir les quotas. Certes, il faut se garder de généraliser ce modèle à toute la Bretagne : dautres entreprises agroalimentaires ont su diversifier leur production, miser sur la qualité et la valeur ajoutée. Certains éleveurs, comme ceux du Centre détude pour le développement dune agriculture plus autonome (Cedapa), ont su montrer quon pouvait créer de lemploi et réussir avec des prairies extensives et des pratiques bien plus respectueuses de lenvironnement. Ils ont mis en avant les complémentarités entre cultures et élevages, disparues ces dernières dizaines dannées quand la Bretagne sest ultra spécialisée dans lélevage intensif. SOUTENIR LA RECONVERSION DE LÉLEVAGE Mais pour un tel changement de modèle de développement, encore faut-il des politiques qui laccompagnent : un encadrement des marges de la grande transformation et de la grande distribution, larrêt des aides sans conditions aux industries et une redistribution vers des activités relocalisées, écologiques et sociales. Des politiques que les gouvernements successifs, y compris celui-ci, ne proposent pas. Ainsi en est-il de la redistribution des aides de la politique agricole commune, décidée ces semaines-ci, qui aurait pu encore bien davantage soutenir la reconversion de lélevage au lieu de continuer à aider des céréaliers aux revenus indécents. Lécotaxe telle quelle est conçue, ajoutée à une politique fiscale injuste qui continue de pénaliser les classes moyennes et précaires, ne pouvait donc quattirer les foudres. Mais ce nest surtout pas une raison pour jeter le bébé avec leau du bain et enterrer cette bonne idée.
Posted on: Tue, 19 Nov 2013 19:01:38 +0000

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