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Pour les intéressées... « Nous sommes une communauté illettrée, nous n’écrivons pas ni ne calculons ; les mois sont de 29 ou trente jours. » Voici le type de propos, attribué au Prophète Muhammad (saws), que l’on voit circuler actuellement comme l’une des justifications, entre autres, du refus de débuter le mois de ramadan sur la base du calcul scientifique. Ainsi, les musulmans ne pourraient commencer le jeûne qu’en ayant observé à l’oeil nu le croissant de la nouvelle lune, sans aucune autre forme de calcul, selon la tradition instituée par leur Prophète. Que cela vienne de la bouche ou du clavier de jeunes musulmans en pleine recherche identitaire, passe encore… Mais lorsque l’argument se transforme en véritable slogan d’une campagne de dénigrement – trop bien – orchestrée à l’encontre d’une décision prise par le CFCM il y a plusieurs mois et argumentée de manière très précise, il y a de quoi douter sur les intentions des protagonistes. L’Arabie Saoudite a commis de nombreuses erreurs de détermination du ramadan Etre pour ou contre le CFCM est une chose ; l’instance n’est pas exempte de failles ni de calculs politiciens de certains de ses membres, cela est de notoriété publique. Mais, dans le cas présent, la problématique de la détermination du début et de la fin du mois de ramadan a fait l’objet de nombreux débats et autres colloques depuis plusieurs années, notamment pour le fait que l’Arabie Saoudite s’est fait le chantre des erreurs d’appréciation dans la détermination du mois du jeûne – pas moins de vingt-cinq sur les quarante dernières années -, de quoi donner du grain à moudre aux ophtalmologues. Dernière en date, l’erreur commise en 2011 par des astronomes saoudiens qui ont annoncé la fin du jeûne un jour à l’avance en ayant confondu Saturne avec la lune. Lorsque l’erreur avait été signalée, le Grand Mufti d’Arabie, Abdul Aziz ibn Abdillah âl-Cheikh, n’avait pas hésité, au cours de la prière du vendredi, à condamner ceux qui avaient remis en cause la prétendue vision, en les accusant d’être « des gens mal intentionnés et déviants qui tiennent des propos grossiers mettant en doute notre religion et que l’on devrait faire taire. » Dont acte. Le même type d’erreur s’était déjà produit en 2006, et cela encore très régulièrement sur les décennies précédentes. Qu’à cela ne tienne, certains protagonistes de l’islam semblent s’accrocher à la lettre d’avis juridiques émis à des époques où, malgré l’état embryonnaire de certaines sciences, dont l’astronomie, les savants de l’islam n’hésitaient pas à exploiter ce que la technologie pouvait mettre à leur disposition en matière de pratique cultuelle. Quand serons nous émancipés des tutelles étrangères ? Deux questions récurrentes peinent à être résolues chez les musulmans contemporains ; la première, d’ordre théologique, concerne la possibilité ou non de s’émanciper d’avis juridiques datant d’époques où les sociétés comme les avancées technologiques étaient bien loin de ce qu’elles sont aujourd’hui. Les anciens ont lu un certain nombre de passages coraniques et de traditions prophétiques en les articulant à leurs contextes de vie, sommes-nous donc voués à ressasser la façon dont les anciens ont compris la tradition musulmane sans tenir compte de nos contextes nouveaux ? La seconde question est d’ordre politique ; comment s’émanciper d’une situation où l’islam français, tout au moins dans sa sphère cultuelle, est piloté par les chancelleries des pays d’origine ? L’on sait bien les polémiques incessantes qui agitaient les mosquées durant les décennies 1980 et 1990, à l’époque où les responsables cultuels jeûnaient à l’aune des directives reçues par les chancellerie des pays d’origine ou selon l’annonce des autorités saoudiennes. Les années 2000 ont connu une certaine accalmie, notamment depuis que les erreurs d’annonce de l’Arabie Saoudite ont été en très grande partie supprimées par la nécessité de confirmer la vision par les données astronomiques. Un pas de plus aurait pu être franchi, cette année, pour les musulmans français et européens, afin de s’émanciper totalement de cette situation de dépendance vis-à-vis des pays d’origine et de l’Arabie Saoudite. C’est cette voie que les membres du CFCM ont suivie, sur l’incitation de l’UOIF et conformément aux conclusions du Conseil Européen de la Fatwa et des Recherches. De ce point de vue, l’accord signé le 09 mai dernier, pour la détermination des mois lunaires, ramadan compris, selon les données astronomiques, représente une avancée historique incontestable. Il aura fallu une déferlante de sms et l’agitation extrême de plusieurs organisations et leaders musulmans pour enterrer, au moins cette année, cette volonté d’émancipation. Une stratégie fallacieuse pour un gain à court terme Le CFCM a certainement mal géré sa communication et sous-estimé le poids culturel lié à la « Nuit du doute », sans permettre aux fidèles de s’approprier de nouvelles modalités d’entrée dans le mois béni. Mais l’opportunisme dont ont fait preuve quelques grandes mosquées, l’UAM 93 et les autorités religieuses – parfois autoproclamées – risquent bien de nous plonger dans un chaos islamique français où les plus radicaux tireront les plus gros bénéfices, au détriment de la masse des musulmans. Le volte-face de la mosquée de Paris a tout du ridicule. Après avoir signé l’accord du CFCM sur le calcul astronomique, la voici qui nous annonce que le croissant n’était pas visible en France, d’où le report d’un jour du début du mois de ramadan. Le RMF, lié au Maroc, a au moins le mérite de rester dans le droit fil de l’accord initial, son président continuant de défendre, arguments à l’appui, le bien fondé de la détermination scientifique du ramadan. La stratégie de l’Union des Associations Musulmanes de Seine-Saint-Denis et de son réseau d’influence est autrement problématique. L’UAM 93 gère un conflit larvé avec l’UOIF et le CRCM d’Ile-de-France depuis des années et conduit, à tort ou à raison, une véritable fronde contre l’évolution récente du CFCM. Pour le cas qui nous intéresse ici, il est indéniable que l’UAM 93 a profité de l’annonce saoudienne du début du ramadan pour dénigrer le CFCM et se positionner en faveur de l’observation du croissant lunaire. Les deux arguments récurrents avancés sont particulièrement fallacieux. Le premier consiste à affirmer que le CFCM a pris une décision purement politique sans en référer à une autorité théologique. Toute personne ayant suivi les discussions et les communiqués à ce sujet sait pertinemment que le CFCM a suivi une autorité et une argumentation religieuses tout à fait fondée. Parallèlement, une association comme l’UAM 93 peut se targuer d’avoir un « Conseil des imams » représentatif sans que l’on en connaisse la composition, tout comme la mosquée de Paris peut se référer à un conseil théologique dont les noms sont inconnus. C’est un peu le monde à l’envers, le Conseil Européen de la fatwa et des Recherches étant pour sa part discrédité pour le seul fait de ne pas avoir de « sommités » saoudiennes dans ses membres. Le second argument avancé est celui de l’unité des musulmans sous la bannière saoudienne, tiens donc ! Un tel positionnement nous ramène des années en arrière, mais avec une nouvelle donne ; au delà de la volonté d’enterrer l’islam français, il donne une légitimité à des positionnements radicaux qui affichent désormais ouvertement leur aversion pour toute référence non saoudienne et tout ancrage dans des références théologiques endogènes à la France. Les adversaires du calcul scientifique ont gagné une bataille, ils devront maintenant en gérer les conséquences dans leurs rangs et auprès de la masse des musulmans et de la société française. Des fidèles désemparés, mais un changement inéluctable Au milieu d’un tel champ de bataille, les fidèles sont dans l’incapacité de savoir quel avis suivre ; ils sont partagés entre la volonté de préserver leur tradition spirituelle et le souhait de vivre une pratique commune. Il appartient cependant à chaque musulman de se détacher d’une bigoterie naïve et de se prendre en main. L’heure est à l’introspection personnelle pour un retour vers le Créateur, loin des vicissitudes de ce monde qui happe tout être vivant dans une interminable chaîne de consommation et de production. Les luttes de pouvoir entre les institutions religieuses de France ne sont pas prêtes de cesser, mais le changement en cours ne pourra plus s’arrêter. Par Omero MARONGIU-PERRIA et Syrithone LASSYMAKONE, première parution : laplumedelest.fr
Posted on: Sat, 13 Jul 2013 12:11:33 +0000

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